- ESPLANADE DU POINT DU JOUR -

(13 DECEMBRE 2017)

 

Johnny d'O.


C'est le célèbre Johnny d'O qui a imposé son rythme à notre week-end. On l'a vu, on l'a entendu partout. A la télé, à la radio, dans les gazettes, dans les bistrots, dans les entreprises, dans les familles. Décidément, cet aigle à deux têtes ne pouvait passer inaperçu.

La tête écrivaine était plus connue par ses interventions médiatiques, sa brillante conversation, son humour décapant que par son œuvre littéraire. On ne peut certes qu'admirer le chroniqueur inspiré et l'observateur malicieux de la nature humaine et des travers de l'époque. Le romancier de facture très classique laissera sans doute une trace plus légère. Qu'importe. Il représente une certaine France, celle des cercles littéraires, des beaux quartiers, des vestiges aristocratiques, d'une intelligentsia conservatrice. D'Ormesson, c'était châteaux, brio, Pivot (Bernard)...

La tête musicale était avant tout un tempérament, un athlète de la scène, une capacité vocale à nulle autre pareille. On ne peut qu'admirer le chanteur puissant capable d'embraser tout un stade et le rockeur déchaîné entraînant derrière lui son public subjugué. On retiendra pourtant qu'il a été aussi magnifiquement servi par une palette d'auteurs et de compositeurs qui surent à merveille traduire sa nature profonde. Qu'importe. Il est bien le représentant d'une autre France, celle des classes moyenne et populaire, celle des fêtards, des motards, du baby boom. Hallyday, c'était moto, Jojo, Renaud (Line)...

Ces deux France ont-elles communié ensemble au souvenir des deux icônes et du coup, se sont-elles rapprochées ? On aimerait s'en convaincre et le président de la République aussi, qui, en participant aux deux cérémonies et en y prononçant des discours inspirés, a tenté de cimenter ce pays si enclin à l'individualisme. Finalement, seuls de grands événements semblent de nature à réussir cette gageure : parfois festifs comme la victoire des footballeurs tricolores en 1998, parfois tragiques comme les attentats islamistes de 2015 et 2016. Zizou et Charlie ont en quelque sorte réveillé notre fierté d'être français. Jean d'O et Johnny, à un degré moindre, ont eu un effet semblable.

On aimerait tant que ce sentiment d'appartenance à notre "cher vieux pays" (comme disait de Gaulle), à sa culture, à sa langue, à ses valeurs soit enraciné au plus profond de notre peuple et n'ait nul besoin d'être réactivé par des électrochocs épisodiques. Vœu pieux ?